La nouvelle loi sur les loyers impayés a surtout durci et accéléré certaines étapes de la procédure, sans supprimer le passage devant le juge pour obtenir une expulsion. Pour un bailleur, l’enjeu est de constituer un dossier propre dès le premier retard. Pour un locataire, il faut réagir vite, payer le loyer courant si possible et demander un échéancier avant que la dette ne s’installe.
En bref
- La loi du 27 juillet 2023 a renforcé le cadre contre les impayés et l’occupation illicite des logements.
- La clause résolutoire est devenue un point central du bail d’habitation : elle permet de demander la résiliation du bail si la dette n’est pas régularisée.
- Le commandement de payer ouvre un délai légal, généralement de 6 semaines, avant l’étape judiciaire.
- Le juge reste incontournable pour prononcer la résiliation, accorder des délais ou valider la suite de la procédure.
- Ni le bailleur ni le locataire ne doivent improviser : chaque courrier, paiement, relance et justificatif compte.
Ce que change la nouvelle loi sur les loyers impayés
La réforme associée à la loi n° 2023-668 du 27 juillet 2023, souvent appelée loi anti-squat, ne crée pas une expulsion automatique dès le premier mois de retard. Elle rend toutefois la procédure plus cadrée et plus exigeante pour les deux parties.
Le bailleur dispose d’un chemin plus lisible pour faire constater l’impayé, activer la clause résolutoire et saisir le tribunal si la dette n’est pas réglée. Le locataire conserve des protections, mais il doit réagir plus rapidement, notamment après la réception d’un commandement de payer.
Point de vigilance : un retard de loyer se traite rarement par un seul message. La suite dépend du bail, du montant exact de la dette, des relances, de l’assurance éventuelle et de la situation du locataire.
Les principaux délais à connaître
Dans une location d’habitation, le déroulé classique commence par une relance amiable, puis par un commandement de payer délivré par un commissaire de justice. Ce document donne au locataire un délai pour régler la dette, demander de l’aide ou proposer un échéancier.

| Étape | Ce qu’il faut vérifier | Risque si rien n’est fait |
|---|---|---|
| Premier retard | Montant exact, date d’exigibilité, éventuel incident bancaire. | La dette grossit et le dialogue se bloque. |
| Relance écrite | Trace datée, ton factuel, proposition de solution. | Dossier imprécis en cas de procédure. |
| Commandement de payer | Dette détaillée, clause résolutoire, délai légal applicable. | Saisine du tribunal si la dette n’est pas régularisée. |
| Audience | Justificatifs de paiement, ressources, demande de délais. | Résiliation du bail et suite de la procédure. |
Pour le bailleur : sécuriser le dossier sans brûler les étapes
Le premier réflexe consiste à vérifier si l’impayé vient d’un incident ponctuel ou d’une difficulté durable. Un échange écrit, clair et daté, permet parfois d’obtenir un paiement rapide ou un échéancier.
Si la situation ne se règle pas, le bailleur doit contrôler trois éléments : le bail, la clause résolutoire et le décompte précis de la dette. Les frais, les provisions sur charges et les paiements partiels doivent être présentés sans ambiguïté.
En présence d’un garant ou d’une assurance loyers impayés, il faut aussi respecter les délais de déclaration. Certaines assurances imposent des relances et justificatifs dans un calendrier strict.
Bail, état des lieux, quittances, RIB, relances, échanges et preuves de paiement.
Changer les serrures, couper l’eau ou l’électricité, menacer ou agir sans décision judiciaire.
Assurance, garant, commission de coordination, calendrier d’audience et pièces du dossier.
Pour le locataire : réagir avant que la clause résolutoire produise ses effets
Un locataire qui reçoit une relance ou un commandement de payer ne doit pas attendre l’audience pour se défendre. Le plus utile est de reprendre le paiement du loyer courant quand c’est possible, puis de proposer un échéancier réaliste sur l’arriéré.
Il peut aussi solliciter une aide du FSL, contacter les services sociaux, prévenir la CAF si une aide au logement est versée, ou demander un accompagnement juridique. Plus le dossier montre une reprise sérieuse des paiements, plus la demande de délais est crédible.

La clause résolutoire est-elle automatique ?
La clause résolutoire facilite la résiliation du bail lorsque le locataire ne respecte pas son obligation de paiement. Mais elle ne remplace pas l’intervention du juge lorsque le locataire ne quitte pas spontanément le logement.
Le tribunal examine la situation, les paiements effectués, les demandes de délais et les justificatifs. Il peut constater la résiliation du bail, accorder des délais de paiement ou suspendre les effets de la clause si les conditions sont réunies.
Assurance loyers impayés, garant, aides : qui contacter en premier ?
Le bon ordre dépend du dossier. Un bailleur assuré doit prévenir son assureur rapidement, car une déclaration tardive peut compliquer l’indemnisation. En présence d’un garant, il faut l’informer selon les formes prévues au contrat.
Le locataire, lui, gagne à demander de l’aide dès le premier impayé. Un plan d’apurement crédible est plus facile à défendre quand la dette reste limitée. Si la difficulté vient d’une séparation, d’une baisse de revenus ou d’une période de chômage, notre guide sur le cumul chômage et revenu locatif peut aussi aider à comprendre l’impact des revenus complémentaires.
En cas de séparation dans un logement loué, la question du bail peut devenir urgente : les démarches sont détaillées dans l’article consacré à la sortie d’un bail après séparation en concubinage.
Checklist pratique avant de saisir ou de répondre au tribunal
- Mettre à jour le décompte exact des loyers, charges, paiements et dates.
- Classer les relances, courriers, courriels et preuves d’envoi.
- Vérifier les clauses du bail et les obligations d’information.
- Préparer les justificatifs de ressources, aides demandées ou difficultés temporaires.
- Consulter un professionnel si la dette est élevée ou si le logement est la résidence principale du locataire.
Questions fréquentes sur la nouvelle loi et les impayés
Un bailleur peut-il expulser un locataire sans juge ?
Non. Même si la procédure est plus encadrée, le bailleur ne peut pas expulser lui-même le locataire, changer les serrures ou couper les accès. Une décision judiciaire et les étapes légales restent nécessaires.
Le délai de 6 semaines s’applique-t-il à tous les dossiers ?
Il correspond au délai couramment associé au commandement de payer visant la clause résolutoire depuis la réforme, mais le détail dépend du bail, de la date du contrat et de la situation. Il faut lire le commandement reçu et demander conseil en cas de doute.
Que faire si le locataire paie une partie de la dette ?
Un paiement partiel doit être tracé et intégré au décompte. Il peut faciliter un accord, mais il ne règle pas forcément la procédure si le solde reste important. Un échéancier écrit évite les malentendus.
La trêve hivernale annule-t-elle la dette locative ?
Non. La trêve hivernale suspend certaines expulsions, mais elle n’efface pas les loyers impayés. Les démarches, l’audience et le suivi de la dette peuvent continuer selon le dossier.
Besoin de clarifier votre situation ? Avant de lancer une procédure ou de répondre à un commandement, faites relire le bail, le décompte et les courriers. Une étape manquée peut coûter plus cher qu’un conseil pris à temps.